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Transparence gouvernementale en Afrique : les outils technologiques qui changent concrètement la donne

Open data, plateformes d’e-gouvernement, civictech, intelligence artificielle… En Afrique, la transparence gouvernementale progresse grâce à une panoplie d’outils numériques désormais au cœur de l’action publique. Des solutions déjà opérationnelles dans plusieurs pays permettent un meilleur accès à l’information, réduisent la corruption et renforcent la participation citoyenne. Éclairage croisé avec Harold Adjaho, consultant IT et spécialiste en civictech, et Alomai Hounon, Director Strategic Industries à Alibaba Cloud.

Avant d’évoquer les outils, Harold Adjaho insiste sur la définition même de la transparence gouvernementale. « La transparence gouvernementale repose sur le principe selon lequel l’administration publique est ouverte et responsable de ses actes vis-à-vis des citoyens », explique-t-il. Concrètement, cela signifie que les processus, procédures, données, décisions et actions publiques doivent être accessibles, compréhensibles et vérifiables. Cette ouverture renforce la responsabilité des dirigeants, lutte contre la corruption et rappelle un fondement essentiel de la démocratie. « Le pouvoir public appartient aux citoyens. Il doit donc être exercé en pleine lumière. »

Ces outils numériques qui favorisent la transparence gouvernementale

  1. L’open data, socle numérique de la transparence publique

Premier levier technologique cité est l’open data. Les portails de données ouvertes permettent aux citoyens, journalistes, chercheurs et organisations de la société civile d’accéder à des jeux de données budgétaires, marchés publics, dépenses de l’État et indicateurs de performance. « Une donnée ouverte est accessible, réutilisable et disponible dans son format de base, tout en respectant des règles de gouvernance claires », précise Harold Adjaho. Ces plateformes offrent la possibilité de contrôler l’action publique, de produire des analyses indépendantes et de renforcer la redevabilité des administrations.

Civictech, la technologie qui rapproche l’État des citoyens

Autre outil clé, les civictech. Il s’agit des applications et plateformes numériques dédiées à la participation citoyenne et à la transparence. « Les civictech favorisent la participation citoyenne, le fact-checking et la crédibilisation de l’information publique », souligne le spécialiste. Elles permettent notamment le suivi des projets publics, le signalement d’incidents ou d’irrégularités, l’observation électorale, la gestion des crises et catastrophes. Pendant la pandémie de COVID-19, plusieurs pays africains ont ainsi déployé des plateformes de suivi des statistiques sanitaires, renforçant la confiance et l’accès à l’information.

  1. E-gouvernement et e-services : moins de corruption, plus d’accessibilité

Les plateformes de e-gouvernement constituent aujourd’hui l’un des outils les plus utilisés par les citoyens. Au Bénin, au Rwanda avec IremboGov, ou encore en Côte d’Ivoire, ces solutions centralisent les services publics. « Grâce aux e-services, l’accessibilité est améliorée, la corruption recule et le citoyen peut effectuer ses démarches sans se déplacer », affirme Harold Adjaho consultant IT et spécialiste en civictech. Par ailleurs, la dématérialisation des services publics permet une transparence nette. Elle assure la traçabilité des paiements, la preuve des démarches effectuées, une meilleure interopérabilité des données entre administrations. « Vous payez en ligne, vous avez une preuve. Tout est traçable, côté citoyen comme côté administration », ajoute-t-il.

  1. Intelligence artificielle : un nouveau levier pour une gouvernance intelligente

Lors de la Semaine du numérique au Bénin, Alomai Hounon, Director Strategic Industries à Alibaba Cloud, a mis en lumière le rôle croissant de l’intelligence artificielle (IA) dans la gouvernance. Selon lui, l’IA est un nouvel outil numérique qui permet notamment : d’améliorer la perception des impôts et de réduire la fraude bureaucratique, d’optimiser la planification urbaine grâce à l’analyse prédictive, d’améliorer la réponse aux catastrophes, de stimuler les retours citoyens sur les plateformes d’administration en ligne. « La rationalisation des opérations gouvernementales par l’IA conduit à des services publics plus efficaces et plus transparents », a-t-il déclaré.

Une adoption citoyenne des outils, mais encore des usages inégalitaires

Dans les pays africains, si ces outils sont bien utilisés, leur adoption reste hétérogène. « Les citoyens utilisent massivement les e-services, mais les inégalités d’accès persistent », reconnaît Harold Adjaho. Ainsi, plusieurs barrières expliquent la situation. Les principales barrières identifiées ne sont rien d’autres que l’accès limité à Internet, l’absence de smartphones, l’analphabétisme numérique, et le manque de confiance dans le numérique.

Pour y répondre, les États africains ont mis en place des guichets physiques assistés notamment dans les mairies et administrations locales, afin d’accompagner les populations les plus vulnérables. L’adoption des e-services est faite donc, « grâce à ces guichets ou des personnes physiques qui aident à faire les différentes actions et le suivi et même l’accès direct au service avec le résultat » explique Harold Adjaho. Toutefois, les guichets mis en place permettent de résoudre la crise de confiance aux services numériques chez les populations.

Selon Harold Adjaho, le secteur privé joue un rôle central dans l’innovation numérique et la transparence. « La publication centralisée des marchés publics oblige le privé à rester transparent », explique-t-il. Les entreprises apportent expertise technique, agilité, capacité d’expérimentation. Elles développent les plateformes utilisées par l’État, tout en étant soumises à des règles plus strictes de transparence, renforcées par le contrôle des médias et de la société civile.

Quels conseils aux gouvernements africains pour renforcer l’efficacité ?

Harold Adjaho recommande plusieurs actions prioritaires. Il s’agira désormais de publier et standardiser les données publiques, développer des API et des plateformes d’e-services, co-concevoir les solutions avec la société civile et le secteur privé, investir dans la civictech, mesurer et publier l’impact des politiques publiques. « Lorsque les données sont disponibles, les citoyens peuvent proposer des solutions et améliorer l’action publique », affirme-t-il.

Pour que ces outils deviennent un réflexe citoyen, plusieurs leviers sont indispensables. Nous devons avoir une éducation civique et numérique, dès l’école, formation des médias à un traitement plus équilibré de l’information publique, inclusion numérique (langues locales, SMS, USSD, outils accessibles aux personnes handicapées), amélioration de l’expérience utilisateur. « Il faut que le citoyen sache qu’il peut résoudre ses problèmes administratifs sans parcourir 150 km », insiste Harold Adjaho.

Ces actions sont en phase pleinement dans les principes du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert (PGO), auquel de nombreux pays africains adhèrent progressivement.

Par Médard Clobechi

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